Mylène, Pour tout l’or m’en aller…

Posté par francesca7 le 31 mars 2012

Mylène, Pour tout l'or m'en aller... dans Mylène et mes BLABLASCe mécanisme de fuite, on le voit, est en réalité le leitmotiv de l’ensemble de l’album. Ouvert par California, qui en inaugure la dynamique fugitive, Anamorphosée n’a de cesse de décrire des échappatoires et des mises à distance. Dès lors, la spiritualité bouddhiste n’est qu’un des moyens que trouve la chanteuse pour s’éloigner d’un quotidien qui de toute évidence n’est plus aucunement satisfaisant. Le voyage géographique en est, on l’a vu, un autre, tout comme le rêve. Dans l’instant X, c’est une sorte de transe décadente, d’oubli dans le «fun» qui va permettre d’échapper à «l’humeur killer», dans Eaunanisme ou Alice, c’est le suicide, la dissolution «dans l’immensité» qui permet enfin de trouver «l’exit». Le voyage, qu’il soit spirituel ou physique est donc aussi une mise à mort symbolique. Dans California, Mylène veut «prendre l’exit» comme le fait la petite araignée Alice. Sur son road-movie plane l’ombre menaçante de la mort, tant par l’amour que porte la chanteuse au canon de revolver, que par l’overdose d’espace qui la menace. Voyage, mise à mort, indifférence, autant de manière symbolique de dire l’éloignement d’une vie qui fait trop souffrir pour que l’on puisse continuer à la vivre :

Je vis hors de moi et je pars
A mille saisons, milles étoiles
Comme j’ai mal
Je n’verrai plus comme j’ai mal
Je n’saurai plus comme j’ai mal
Je serai l’eau des nuages

Or si la fuite est si nécessaire, et si la souffrance est telle, c’est justement à cause de ce «monde brutal» que dénonce la chanson. Monde brutal que Mylène n’a de cesse de décrire au fil des couplets des chansons, pour tenter de le transcender dans les refrains. Ainsi dans Tomber sept fois, il s’agit de «se prendre des coups», de «se battre», et surtout d’oppression («Qu’on nous enseigne : never explain»/ «Qu’on nous assène : never complain»). A cette situation brutale, le refrain, ouvert par un «mais» qui en dit long, oppose un idéal d’espoir et de spiritualité symbolisé par la lune, qui est chez Mylène Farmer l’astre de tous les espoirs. Mais le voyage spirituel, l’espérance d’envol, sont teintés de pessimisme. Le bonheur qui est en vue risque de n’être en fin de compte qu’un «nirvana de fortune», et la seule paix que trouve la chanteuse réside en fin de compte dans une ivresse qui est aussi un oubli de soi, dans une dissolution qui nécessite «l’abandon du moi» et le fait de «s’éloigner de tout» («Je laisse le vent emporter tout»), comme c’était déjà le cas dans l’album l’autre, avec des textes comme Désenchantée ou Agnus Dei.

 dans Mylène et SYMBOLISMEQu’est-ce qui a donc réellement changé ? , serait-on tenté de se demander à ce stade de notre réflexion. Car si on peut, et si l’on doit, réduire la portée du «renouveau» qu’a apporté Anamorphosée aux thématiques même de la chanteuse, on ne doit pas cependant occulter le sentiment de changement, bien réel, qui en émane. Le changement thématique essentiel, c’est justement cette dialectique de la fuite. Avec les albums précédents, si le monde de Mylène Farmer était toujours aussi mortifère et destructeur que nous le présente Anamorphosée, il n’y avait d’autre échappatoire que l’indifférence d’une désenchantée, ou la mort. La pulsion de fuite libératrice qui entraîne la libération des enfants dans le clip de Désenchantée ne peut les mener qu’au désert, symbole évident de la mort qui nous raconte l’échec de toute tentative d’échapper à sa condition. Mais ce constat, on ne peut plus désenchanté justement, aurait pu conduire la chanteuse à une désespérance trop importante, car il impliquait la fermeture de toutes possibilité d’espoir. C’est ce que confiait Mylène dans Ainsi soit je… :

Mais quel espoir
Pourrais-je avoir
Quand tout est noir
Ainsi soit Je
Ainsi soit Tu
Ainsi soit ma vie
Tant pis

Il y a là, on le voit, acceptation, résignation à la vie dans ce monde dépourvu de sens ou «tout est chaos»… C’est cet état que Mylène, après l’échec de Giorgino, ne peut plus supporter. Comme elle le confie aux journaux, sans pour autant renier ce qu’elle a auparavant exprimé, la chanteuse étouffe, et veut trouver un renouveau. Ce renouveau, elle ne le trouvera pas tant dans son regard sur le monde, qui reste aussi désespéré, que dans la position adoptée en tant qu’être humain. «Je sais désormais que la vie est courte, et c’est avec opiniâtreté que je veux la dévorer» confiait-elle à Télé Sept Jour pendant sa tournée de 1996. C’est dire que l’essentiel dans le combat, c’est de le mener, et que la beauté de la vie réside justement dans les moyens que l’on va trouver pour en affronter l’horreur et la dureté. Il s’agit de «se battre pour ses rêves», même si en fin de compte le combat n’aboutit à rien. Car bien plus que le but fixé, c’est le moment où l’on lutte qui fait que nous existons à part entière. Ce que nous voyons poindre ici, derrière cette thématique centrale de l’échappée, ce sont les prémisses des vierges guerrières que décriront Méfie-toi et Fuck them all dans les albums suivants. On est en tout cas fort loin du bouddhisme tel qu’il se pense à l’origine, car c’est ici une philosophie du désir qui se met en place. Il y a chez la chanteuse une véritable «envie de bonheur», pour reprendre une expression qu’elle écrira bien des années plus tard.

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