Symbolique dans TRISTANA

Posté par francesca7 le 30 mars 2012


Remake d’une Blanche-Neige transposée en Russie durant la révolution d’octobre… Dix minutes qui « ébranlèrent » le vidéo-clip.

Symbolique dans TRISTANA dans Mylène et SYMBOLISME ClipTrist4    Après un coup d’éclat comme le clip Libertine, on peut être tenté par l’application de mêmes méthodes, en espérant que les mêmes causes produiront les mêmes effets. En ce sens Tristana pourrait paraître proche de son prédécesseur : une fin tragique qui voit la mort de l’héroïne, une durée qui dépasse l’entendement pour un vidéo-clip, une esthétique de long-métrage, un tournage presque totalement en extérieur (ici sur les hauteurs de La Chapelle-en-Vercors) à la mi6avril 1987, et des musiques additionnelles vendues dans le commerce sous le nom étrange de « Bande Originale du clip ». De surcroit, comme pour Plus Grandir et Libertine, Tristana est présenté à la presse le 6 mai 1987 et obtient son visa d’exploitation plusieurs mois après, le 8 juillet 1987. Mais en réalité Tristana est bien plus que cela, véritable conte onirique en temps de guerre, la particularité du film réside dans ses choix esthétiques et son modèle, ô combien célèbre. Pour le tournage on utilisa un seul et unique loup, le reste étant arrangé avec des chiens qu’on évita de filmer en gros plans.

ClipTrist2 dans Mylène et SYMBOLISME Mylène Farmer, lorsqu’elle rédigeât son texte, pensait déjà à Tristana comme un prénom russe. De consonance davantage espagnole, elle s’apercevra plus tard qu’elle pensait plutôt Tristaña (prononcer Tristagna). Elle regrettera d’ailleurs son choix lors d’une interview promotionnelle à Lazer sur M6 le 1er mai1987. Cette année est celle de l’adaptation de longs-métrages de Walt Disney pour Laurent Boutonnat. Après avoir transposé Bambi en super 8 dans son enfance (en 1971), il adapte l’histoire de Blanche-Neige. On ne sait pas d’où vient le souhait de la transposition russe de cette histoire : de Mylène (qui a appris cette langue au collège) où de Laurent qui a une passion évidente pour tout le cinéma russe. En effet, on ne peut pas ne pas penser en regardant Tristana au réalisateur Sergueï Eisenstein qui était un des premiers sur-doués du cinéma et qui a tourné les plus grands films de propagande soviétique du début du siècle (La grève-1922, Le Cuirassée Potemkine-1925, La Ligne générale-1928…). Reconnaissable par un montage rapide et sophistiqué, tout en opposition de masses, Eisenstein a toujours privilégié les grandes mises en scènes nécessitant parfois des milliers de figurants. Dans Octobre (1927) par exemple, qui lui avait été commandé pour la célébration du dixième anniversaire de la révolution bolchevique, il reconstitue la première prise du Palais d’Hiver de St Petersbourg de juin 1917. Laurent Boutonnat n’ayant pas accès aux images de cette scène (on imagine hors de prix, car non tombées dans le domaine public), il utilise dans son clip les véritables images d’archives de cette prise. On y voit le vrai Lénine, les cosaques et la population décimée. Le rapport avec le cinéma d’Eisenstein ne s’arrête pas là, lorsque ClipTrist1Tristana trébuche et tombe en roulant le long d’une pente enneigée, Laurent Boutonnat rend hommage à la plus  célèbre scène du cinéma d’Eisenstein : Celle du Cuirassée Potemkine où un berceau dévale les escaliers d’Odessa lors de la révolte de 1905. La métaphore de la patrie perdant ses enfants prend alors son sens dans l’histoire de la jeune Tristana, qui perd ses illusions sur le bien fondé de cette révolution, dont l’issue devait voir son union avec Rasoukine. 

    On retrouve dans cette adaptation tous les éléments du conte, de la jalousie à la pomme, des sept  nains au baiser final. On retrouve aussi tous les éléments du genre du conte, de la frontière entre réalisme et merveilleux, en passant par ceux qu’on appelle les adjuvants (terme du sémiologue Vladimir Propp, in Morphologie du conte, collection « poétique », édition du Seuil, Paris 1965.), désignant les personnages secourables chargés d’aider le héros dans sa quête.

 

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