L’Essence de Giorgino

Posté par francesca7 le 21 octobre 2011


Giorgino est un film surprenant et totalement à part, dès le début. Dès la première image, en fait. Quand on met la cassette dans le magnétoscope, s’attend-on en effet à voir apparaître le visage sérieux et attentif d’un petit garçon ? S’attend-on à ce plan pour le moins déroutant ? Plan qui finit par se déplacer, pour nous montrer le visage de Giorgio, en une prise qui fait ressortir la complicité évidente qui naît sous nos yeux entre l’homme et l’enfant. Bien sûr, ce n’est pas innocent. C’est une manière de poser dès les premières secondes l’un des traits de caractère les plus importants de Giorgio : son amour pour les enfants, qui va le conduire à Chanteloup, et à sa passion pour Catherine. 

 

L'Essence de Giorgino dans Mylène et GIORGINO GiorginoPhotos17Première image dans un hôpital, et l’une des dernières vraiment marquantes également dans un hôpital. L’impression que l’histoire a tout simplement fait une boucle. Que la vie de Giorgio a fait une boucle, qui s’amorce quand il croise pour la toute première fois le regard noyé et perdu de Catherine, et qui s’achève par sa mort, quand son corps l’abandonne entre les bras de son amour déchu. 


C’est là l’un des points forts du film, qui laisse entendre que la volonté presque indestructible de Giorgio ne peut rien face à la maladie qui, ici, finit par avoir raison de la faiblesse humaine. Et ce qui est tragique, alors, c’est que Giorgio cesse de lutter au moment même où son amour pour Catherine ne rencontre plus aucun obstacle ! Mais pouvait-il en être autrement, venant de Laurent Boutonnat ?
Finalement, d’une manière plutôt ironique, ce sera la maladie mentale, la folie douce de Catherine qui lui sauvera la vie, et ce sera la maladie de Giorgio, comprise de tous, qui lui coûtera la sienne ! On peut se demander si Laurent n’a pas donné volontairement à son film un ton dramatique en faisant mourir Giorgio. Mais quand on réfléchit bien, il est difficile d’imaginer une autre fin. Bien sûr, même si l’histoire d’amour est secondaire dans Giorgino, elle n’en est pas moins primordiale, en tant que trame du film, et surtout parce que l’amour est ce qui va motiver et soutenir Giorgio jusqu’à son dernier souffle ; comme un moteur puissant qui ne s’arrêtera qu’avec les derniers battements de coeur du jeune homme.

Mais la maladie est plus forte que l’amour. Et Giorgio ne pouvait que mourir. Parce que son amour pour Catherine avait quelque chose de bien trop dérangeant, ambiguë, de presque immoral. Parce que Catherine, femme enfant, vit un amour qu’elle ne comprend pas, dans son ignorance de l’amour physique. 


En fin de compte, il désire éperdument une femme qui rit encore devant un simple baiser, mais recule quand il lui est destiné ou se fait insistant. Voilà en quoi la fin ne pouvait être autre. Cela fait que c’est une histoire d’amour poignante et impossible, bouleversante et intense, dont la mort est l’aboutissement tragique mais inévitable. Et pourquoi, finalement, « Il est certaines histoires dont personne ne souhaite être le héros. »

GiorginoPhotos13 dans Mylène et GIORGINOParallèlement, un reproche toujours d’actualité ressort de Giorgino. Reproche fait à la société qui, depuis qu’elle existe, tend à détruire systématiquement tout ce qu’elle ne comprend pas, par peur autant que par lâcheté. Et cette incompréhension entraîne inévitablement une violence et un rejet plutôt qu’une aide, qu’une main tendue vers l’autre, aussi différent soit-il. Et qui est la cause même, dans le film, de la mort d’une grande partie de cette société sclérosée. En effet, ce n’est rien d’autre que le rejet cruel des villageoises qui pousse Catherine dans ses derniers retranchements, la mettant hors d’elle et l’incitant à courir dans l’église pour souffler les cierges, dressés là comme symbole de chaque homme parti au combat. Il ne restera qu’une seule flamme. Et un seul homme rentrera des tranchées. Un seul… 

 

Bien sûr, on peut se demander pourquoi Giorgino n’a pas su trouver son public s’il ne présente que peu de défauts pour tant de qualités. A cela, une seule réponse : si Giorgino n’a pas trouvé son public, c’est sans doute simplement parce qu’il est bien trop farmerien, sombre et torturé. Ce côté angoissant, cette façon de flirter avec la folie s’ajoute à la longueur inhabituelle du film pour en faire une oeuvre réservée à un public averti. Mais cela n’enlève rien de la beauté troublante et de l’intensité oppressante de Giorgino.

Barre de Séparation

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