Mylène et Bruno Fontaine

Posté par francesca7 le 10 septembre 2011

Interview exclusive de BRUNO FONTAINE – Claviers, direction musicale. 

 

« certains soirs, il y avait un quart d’heure de rappel » 

 

 

QUESTIONS / REPONSES 

 

Source IAO7 avril 2006 – spécial Live 

 

Mylène et Bruno Fontaine dans CONCERTS DE MYLENE barreClients

 

 

Comment êtes-vous arrivé sur le Tour 89 de Mylène Farmer ? 

 

Par l’intermédiaire de Thierry Suc qui s’occupait de cette tournée et avec qui je venais de travailler pour Alain Chamfort.il m’a contacté et m’a demandé de travailler sur la première tournée de Mylène. 

 

Avez-vous dit oui aussitôt ou avez-vous demandé à y réfléchir ? 

 

J’ai évidemment pris le temps de la réflexion car une tournée, c’est un vrai investissement au niveau du temps. Ce qui m’a convaincu, c’est la rencontre avec Laurent Boutonnat et Mylène. Ils m’ont expliqué ce qu’ils voulaient faire ; j’ai rapidement été séduit. 

 

danseurs89 dans Mylène TOUR 1989Et la rencontre avec Mylène ? 

 

C’était peu de temps après ma rencontre avec Laurent, à l’ancien studio Mega, Porte de la Muette, tandis que l’on commençait une longue préparation pour cette tournée. Je crois me souvenir que c’était bien six mois en amont. Il s’agissait notamment de préparer des bandes additionnelles et de travailler sur les arrangements. 

 

Vous avez eu un bon feeling avec elle ? 

 

Très bon oui. On a rapidement eu une relation amicale basée, comme pour Laurent, sur pas mal d’intérêts communs, que ce soit en musique ou en littérature. On avait notamment une passion commune pour Cioran (auteur d’essais sur le néant tels que « La tentation d’exister et « de l’inconvénient d’être né », NDLR). Dans un autre domaine, on appréciait tous les deux beaucoup les sushi. Pendant la tournée, et encore quelques temps après, une vraie relation amicale s’est nouée ; on se voyait pas mal. 

 

Mylène donne l’image d’un être torturé, c’était encore plus vrai à l’époque ; avait-elle néanmoins des fous rires parfois sur la tournée ? 

 

Elle est beaucoup plus rigolote qu’on ne l’imagine. On s’est beaucoup  amusé. Laurent aussi. Il a un humour incroyable. 

 

Correspondait-elle à l’image vous pouviez en avoir avant de la rencontrer ? 

 

Disons que je la voyais en icône assez lointaine et cet a priori s’est rapidement dissipé. C’est une fille assez simple finalement. A l’époque du moins car je ne la fréquente plus d’aussi près depuis un moment. 

 

Elle est très en marge dans le paysage musical français. Qu’en pensez-vous ? 

 

Je pense que c’est très sain qu’elle se maintienne ainsi à part des gens du métier. J’ai toujours trouvé qu’elle et  Laurent avaient une manière très intelligente d’appréhender les choses. La façon dont ils ont fabriqué l’image de Mylène est fascinante ; je précise que je ne mets aucune connotation péjorative dans le terme « fabriqué ». 

 

Comment fonctionnait le duo Boutonnat/Farmer sur le Tour 89 ? 

 

Sans entrer dans les détails de leur vie privée, il me semble que c’était très fusionnel entre eux. Ils étaient assez touchants. Mais leur relation pouvait être très électrique parfois ; ça l’est sûrement encore aujourd’hui. 

 

Vous voulez dire qu’il y avait des accrochages fréquents ? 

 

Des conflits artistiques, oui. Ça se chicanait pas mal en studio, lors des préparations de la tournée ou pour la post production. Mais c’était pour la bonne cause. Mais, encore une fois, je les trouvais très touchants. Lors des premiers concerts, ils contemplaient leur œuvre. C’était d’autant plus émouvant que je savais combien ils s’étaient investis là-dedans, à tous points de vue. Je garde un souvenir précis de Laurent à la fin du premier concert, à Saint Etienne ; il était totalement bouleversé. Comme s’il venait de voir leurs réalisations prendre vie. 

 

 

qu’avez-vous pensé du public de Mylène Farmer sur cette tournée ? 

 

 ça m’a totalement scotché ; Il y avait une sorte de vénération pour elle qui était hallucinante ; j’imagine que ça n’a fait que s’accentuer depuis. Je  me souviens que chaque soir, quand elle apparaissait sur scène, c’était la Madone. Je me rappelle aussi de l’hystérie avant la dernière chanson (« Je voudrais tant que tu comprennes », NDLR). Certains soirs, il y avait un quart d’heure de rappel ! Je n’ai jamais vécu un truc aussi fou ! 

 

 

Dans quel état se trouvait Mylène après chaque spectacle ? 

 

Les dernières minutes du concert étaient très chargées émotionnellement. Après la chanson finale, on lançait un instrumental que Laurent et moi avions presque improvisé en studio avant la tournée, en à peine deux heures. Il s’appelait « Mouvements de Lune » ; c’était une sorte de long adagio. Quelque chose de vraiment très intense. Mylène était chaque soir très bouleversée à sa sortie de scène. D’autant qu’il y avait pour elle quelque chose que, par définition, elle ne pourra plus connaître : la découverte qu’elle pouvait le faire. Elle en était très inquiète pendant les sessions préparatoires ; elle avait peur que sa voix ne tienne pas. Elle a beaucoup bossé. Elle a pris des cours de chant pour renforcer sa voix. 

 

 

MFConcert89_10aMylène restait-elle dans sa tour d’ivoire ou se mélangeait-elle à l’équipe ? 

 

Elle voyageait séparément pour pouvoir réellement se reposer, mais sinon elle était assez proche de la troupe. L’ambiance était vraiment très bonne. Même si, au bout des deux tiers de la tournée, les relations entre Mylène et Bertrand le Page, son manager, sont devenues assez tendues. Je crois d’ailleurs qu’elle s’en est séparée après le dernier Bercy. Il est vrai que, pour des raisons que j’ignore et que je ne veux pas connaître, j’ai vu Bertrand totalement basculer à un moment de la tournée. J’ai l’impression qu’il voyait son bébé lui échapper et qu’il aurait voulu avoir plus de crédit pour ce qu’il avait apporté à Mylène. C’était ma théorie en tous cas. Quoiqu’il en soit, ça a créé un climat assez lourd. Mylène et Laurent me semblaient moins détendus sur la fin. Ça a réellement perturbé les quinze derniers jours de la tournée. 

 

Pour ce qui est du film du concert, est-il vrai que vous ayez tourné dans une salle vide pour que Laurent puisse obtenir tous les plans qu’il désirait, puis que le tout ait été mixé à un vrai enregistrement en public ? 

 

Oui, J’avais totalement oublié ça. C’était au Forest, à Bruxelles. 

 

Ce n’est pas une pratique très courante. Cela vous a choqué ? 

 

Non. C’est un grand luxe. 

 

Quelle place tient le Tour 89 dans votre parcours professionnel ? 

 

Une place toute particulière. D’abord parce que j’en suis très fier, d’autant que c’était le premier de Mylène et qu’il est le fruit d’une collaboration très intéressante avec elle et Laurent, deux êtres passionnés et passionnants. C’était un spectacle énorme ; la seule chose comparable à laquelle j’ai participé, c’est Johnny Halliday à Bercy deux ans avant. Ce Tour 89 est particulier pour moi aussi parce que c’est une période assez douloureuse de ma vie ; au moment des dernières répétitions, quelques jours avant la première date, j’ai perdu mon père. Ce spectacle est donc très chargé émotionnellement dans ma mémoire. 

 

Le fait qu’il soit assez morbide – des lumières sombres, un cimetière comme décor – ne devait pas vous faciliter la tâche alors ? 

 

Non, ça allait. A la limite, c’était même presque une manière d’exorciser. 

 

Avez-vous un regret quant à votre travail avec Mylène ? 

 

Que la vie de chacun nous ait ensuite emmenés dans des directions différentes. J’aurais aimé que l’on se perde moins de vue ; je pense qu’elle l’aurait souhaité aussi. C’est vraiment une des rares personnes avec qui j’ai travaillé que j’aurais beaucoup de plaisir à revoir, même en dehors des activités professionnelles. 

 

 

 

 

« lors des premiers concerts, Laurent et Mylène contemplaient leur œuvre. J’avais l’impression d’avoir en face de moi deux gamins émerveillés qui réalisaient leur rêve ». 

 

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