LES MOTS – clip 2001

Posté par francesca7 le 9 septembre 2011

 Date de tournage:  octobre 2001 

Lieu de tournage: Studios d’Arpajon (Île-de-France

Réalisateur: Laurent Boutonnat 

Durée: 04’45 

 

 

Le clip Les mots a été intégralement tourné en studio les 08 et 09 octobre 2001.

Retour de Laurent Boutonnat derrière la caméra. Il n’avait plus réalisé de clip pour Mylène depuis Beyond my control en 1992.

D’autres clips de Mylène avaient déjà été tournés dans les studios d’Arpajon dans le passé dont Sans logique en 1989.

C’est Mylène qui aurait demandé à Laurent Boutonnat de réaliser ce clip. 

 

 

Vidéo clip LES MOTS 

Image de prévisualisation YouTube 

Faux naufrage criminel, craie errance nihiliste. Dix ans après Regrets, Laurent Boutonnat remet en scène la disparation du thème de l’Autre

 

LES MOTS - clip 2001 dans Les Clips de Mylène motssinglemaxi45Retour tant attendu de Laurent Boutonnat, derrière la caméra pour le 1er clip avec Mylène Farmer depuis Beyond my Contrôle il y a bientôt 10 ans, Les Mots renoue enfin avec les thèmes romanesques exploités par le réalisateur dans les années 80, ne serait-ce par les éléments graphiques familiers (lune, neige, vent, noyade..). 

 

Le tournage de Les Mots s’est déroulé lundi 8 et mardi 9 octobre 2001 dans les immenses studios de cinéma d’Arpajon, là même où avait été tourné Sans Logique en 1989 avec ses tonnes de terre. Rares sont les studios français dotés d’emblée, de grandes surfaces de jets plafonniers puissants capables d’imiter la pluie, les studios de la région parisienne étant consacrés essentiellement à la télévision. Seuls les studios de Boulogne et d’Arpajon permettent aisément la mise en place d’équipements de décors nécessités par des clips comme Sans Logique ou Les mots. Seulement deux jours de tournage pour le clip, comme les récents tournages des clips d’Alizée. Mais aussi comme la durée de tournage de clips plus prestigieux comme Regrets ou Beyond my Control…. On ne s’avancera pas trop en comparant cet opus aux clips de la grande époque. 

 

La rumeur qui circulait depuis quelques semaines avant la première projection laissait entendre que Les Mots serait une transposition de Othello de Sheakspeare… si on peut en effet trouver quelques points de convergences, la démarche de Laurent Boutonnat semble s’en éloigner. 

 

18 dans Les Clips de MylèneIl ne serait cependant pas étonnant que le réalisateur se soit plongé dans la pièce de théâtre anglaise pour l’écriture du film, quand on se rappelle que le clip de Sans Logique était pour sa part, une adaptation de Carmen… Aux côtés de Mylène Farmer, l’homme noir n’est pas Seal, mais un modèle, embauché pour prendre la place du chanteur. En effet, le premier jour de tournage fut le jeudi 11 octobre 2001, soit un mois jour pour jour après l’attentat meurtrier du World Trade Center à New-York. Seal, terrifié par l’idée de prendre l’avion, refusa de se rendre en France pour le tournage. Comme la délocalisation du clip aurait été pour le moins compliquée vu sa mise en scène, c’est la productrice qui assura le tournage des plans de Seal aux Etats-Unis selon les indications de Laurent Boutonnat resté en France . 

 

Mylène Farmer et Seal chanteront toutefois la chanson ensemble, en France, en janvier 2002 aux NRJ Music Awards à Cannes. Certains plans complémentaires ont été utilisés, tel le plan des vagues lors de la tempête et ceux du ciel pluvieux, ensuite retouchés par infographie. La toile représentant les nuages faisant fond au radeau a été retravaillée sur certains plans. Notamment lorsque l’âme de Seal est debout face à la tempête dans la mer, les éclairs ont été ajoutés, ainsi que les mouvements de nuages. Et avant tout les icebergs qui, on aurait pu le croire, font partie du décor, ont été incrustés par ordinateur par la société Mikros qui s’est occupée de tous les effets spéciaux. Une première pour Laurent Boutonnat qui n’a pas l’habitude d’utiliser les effets spéciaux dans ses clips. (Seule le long-métrage Giorgino avait nécessité des effets numériques pour l’apparition des loups à la fin du film et pour les plans lointains de la calèche de Giorgio dans la vallée). 

 

Le clip est passé en exclusivité sur M6 dans le Morning live le mercredi 7 novembre 2001 à 8 h 15. 

 

Il a été multidiffusé très amplement sur les chaînes câblées (MCM) à partir de la demi-heure qui suivi. Pour la première fois un DVD single sera édité pour fêter le retour événementiel de Laurent Boutonnat derrière la caméra et sera compris dans le coffret de la compilation de Mylène Farmer

 

 

260578910_smallA la vision de Les Mots, on peut à priori remarquer le peu d’évolution dans le cinéma de Laurent Boutonnat, ce serait sans compter les éléments présents qui ne tiennent pourtant pas du genre du clip. Par exemple ces idées plastiques de ces derniers clips pour Nathalie Cardone et Alizée, ces combinaisons d’objets, de situations et d’icônes connus de tous, qui à eux-mêmes invitent au discours. Ceci est inédit chez un réalisateur de clip. Depuis quelques années l’interprète est devenue facultative dans le cinéma de Boutonnat, l’importance est donnée non pas à l’histoire mais à la diérèse, c’est-à-dire à l’univers de l’histoire racontée, aux éléments filmés avec de plus en plus de distance, voir de recul, -et malgré tout avec une esthétique toujours autant maîtrisée- et qui suggèrent à présent plus qu’ils ne montraient auparavant. L’échec de Giorgino sembla voir fait de Laurent Boutonnat un cinéaste de l’abstrait. 

 

Donc, dans Les Mots, Mylène navigue avec un mort. Et si elle en est parfaitement consciente, ce sont malgré tout ces ténèbres qui lui donnent la force de ramer. Seule, cela ne l’intéresse pas, elle ne ramera qu’accompagnée. Seule rescapée sur un radeau d’un naufrage inconnu, om échappée sur une construction de fortune d’une ile déserte où on l’avait enfermée, Mylène Farmer fait semblant de s’intéresser à l’autre : si elle reste volontiers lovée dans les bras de cet homme sans tête, elle ne se « jettera pas à l’eau » pour lui, pour le sauver, et on pourrait même la suspectée d’être à l’origine de sa noyade. C’est peut-être d’ailleurs cet autre qui l’a frappé précédemment ce qui expliquerait son hématome au front. De là à prendre cette séquence pour l’allégorie de dix ans pendant lesquels la chanteuse a fait semble de s’intéresser à l’Autre… il n’y a qu’un pas. 

 

On pense bien sûr à la terrible tempête de La Fille de Ryan (David Lean – 1976), on pense à l’allégorie du jeu de l’acteur, par le personnage de Mylène, qui est obligée de jouer celle qui veut sauver son amant alors qu’elle lui lâche la main intentionnellement. Un peu comme Catherine qui aurait tendu la main à Giorgino qui se noyait sans vouloir vraiment le sauver. Laurent Boutonnat révèle une fois de plus un homicide qui n’en est pas un, un crime qui est difficile à définir comme tel. En une envolée lyrique, Laurent Boutonnat symbolise tout cela en montrant, sur une volée de violons, Mylène Farmer qui, la main tendue cers le corps englouti baisse la tête, comme si elle n’avait pas su sauver Seal, mais aussi comme si elle avait eu honte d’elle. 

 

Réfugiée contre le mât dans une tempête sombre allumée d’éclairs et de bourrasques, Mylène Farmer sourit. Visiblement heureuse, débarrassée, elle se laissera guider vers les terres de son enfance, à présent dégagée d’un Autre devenu une absence. Elle prend à ce moment là, les jambes recroquevillées, l’étrangement de la pose du phœnix, cet oiseau ayant le don de renaissance. Est-fortuit ? … C’est ici que réside l’errance, l’absence totale de croyance ; après avoir tué l’autre là où il aurait été le plus tuile (sur le radeau) on se laisse aller avec sérénité à une perdition assurée, à un nihilisme abstrait : C’est ce sentiment auquel on arrive durant la dernière minute du film, celle où on ressent à nouveau cette légendaire émotion boutonnesque d’être heureux alors que tout est perdu, d’être en paix alors que le néant nous entoure. L’âme de Seal, elle prend les traits d’un Dieu qui meurt, d’une silhouette noire à demi enfoncée dans les eaux tourmentées. Les éclairs donnent à cette silhouette des allures d’un adieu surpuissant. Plus que la disparition de Seal, c’est la disparition de l’Autre remise en scène ici. Cet autre qui s’offre aux éléments naturels qui s’emparent de lui, l’Autre boutonnien qui est né du néant (la provenance blanche du tramway de Regrets) et qui retourne au néant, qui se fond. 

 

mylene-farmer-300x300Seulement voilà, l’allumette se meurt sous le souffle immédiat de la rousse. Comme un retour du thème du paradoxe (le pôle Nord atteint, on gaspille la dernière chaleur qui aurait pu nous réchauffer, nous sauver). Comme une idée éphémère du retour de Boutonnat derrière la caméra tout ceci n’était finalement qu’une rencontre, rien ne dure, tout n’est que passage. Seul l’avenir dira si cette flamme ne s’est rallumée que pour ces cinq minutes qui nous ont replongées, avec délice, dans des sensations mélancoliques oubliées. 

 

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