Pas le temps de vivre

Posté par francesca7 le 30 août 2011

« Paroles : Mylène Farmer
Musique : Mylène Farmer

Pas le temps de vivre dans Mylène 1999 - 2000 19brd_480x270_1b6mw2Cette sublime chanson de la main de Mylène (paroles + musique) est le troisième titre de l’album « Innamoramento » sorti en 1999. Elle a été écrite en hommage à son frère Jean Loup, décédé dans un accident de voiture en 1996. Depuis qu’elle a perdu son frère, Mylène ne retrouve plus son équilibre et est totalement perdue dans ce monde…
Le titre de la chanson, reprise des mots du refrain, ressemble à un euphémisme, une façon détournée de dire la douleur de vivre, sorte de transcription en langage poétique de l’existentiel : « pas (plus ?) envie de vivre ». La négation porte en elle le non-sens de la vie. Le temps de l’existence est miné.
Le texte s’ouvre (de façon cohérente avec le titre) sur le thème du temps qui passe, du temps que l’on vit, immensément long, comme le suggère le pluriel de répétition « il est des heures ». L’emploi du verbe « être » au lieu du présentatif avec le verbe « avoir » (« il y a ») résonne de façon existentielle. « Il est des heures », c’est aussi dire qu’il y a des moments sombres, des passades de chagrin. Le mot « ombres » est connoté de façon nocturne mais ce que dit surtout ce premier vers, c’est la crispation de la douleur. Car les « ombres » ont aussi le sens d’illusions. La jeune femme est rendue parfois à la raide réalité de la souffrance. Le sous-entendu contenu dans le verbe « se dissiper » est qu’elle détourne d’elle le plus souvent le chagrin dur et cru. La forme impersonnelle du verbe « se dissiper » montre que le processus se fait tout seul, à l’insu du sujet. Dans l’expression « la douleur se fige », on sent l’influence de Baudelaire et l’expression du spleen dans Les Fleurs du Mal : « un cœur qui se fige ».

 

Le refrain se caractérise par l’intrusion du « je » et du « tu ». Il dessine un dialogue plus personnel que la méditation antérieure sur la souffrance des heures de manque. L’auteur en appelle à l’impératif à celui auquel elle pense : apostrophe amoureuse « aime moi », quasi érotique « entre en moi » même si l’on comprend le niveau métaphorique de l’expression. « Dis moi », « Dis moi » deux fois sont un appel, émouvant à un dialogue, pourtant fictif. D’ailleurs le côté impossible et surréaliste de cet échange verbal au-delà de la mort est rendu dans le registre de « l’ivresse » et de la « nuit » folle : fête carnavalesque vers la mort (« la nuit se déguise »).
Les derniers vers retrouvent l’accent mélancolique de la chanson de Jacques Prévert chantée par Yves Montant avec le thème de la mer qui efface les traces des pas des amants sur la plage. Mais Mylène Farmer décline ce thème de façon féminine : c’est elle la mer (« je suis comme la mer »), ce qui donne une dimension métaphysique infinie à son sentiment de regret, de remords « n’avoir pas su » répond à « si j’avais pu » de façon irréversible et tragique. « Tes pas » c’est aussi le titre d’un poème fort connu de Paul Valéry qui a rapport avec la mer puisqu’il appartient au recueil « Le cimetière marin ». 

 

La dernière strophe exprime derechef l’impression d’une vie impuissante et brisée. La métaphore du « marbre sans veine » est originale. Associée au terme « pensées », elle évoque le cerveau comme matière morte, sans les surprises que l’on trouve normalement dans la pierre ou dans le bois et qui correspondraient aux veines et aux neurones. Un cerveau sans les marques de ses lobes et de ses connexions.


La métaphore suivante est moins originale mais très touchante quand même ; elle rappelle les paroles de la chanson de Brel « Ne me quitte pas » : « laisse-moi devenir l’ombre de ta main … l’ombre de ton ombre… l’ombre de ton chien ». L’intertextualité est évidente et voulue, vue la notoriété de cette chanson. Mais avec le mot « ombre », Mylène Farmer accède à un registre mystique et occulte qui lui est personnel. « Ombre » nous fait accéder au royaume des morts et fait écho au mot « clef » chargé de mystère ou au mot « astre » qui évoque à la fois l’infini de l’espace et la possible connivence du ciel avec nos caractères personnels.
Les derniers vers ont une connotation pathétique avec l’expression de la peur et le désir d’une main secourable : « ta main ». L’apostrophe au frère absent revient douloureusement dans le refrain et à l’écoute de cette chanson, on ne peut qu’être touché par les sonorités aiguës car l’assonance en « i » est récurrente et permet à la chanteuse de monter dans la gamme avec une voix féminine et des sons très ténus. 

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