L’instant X

Posté par francesca7 le 26 août 2011

 Paroles : Mylène Farmer
Musique : Laurent Boutonnat

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L’instant X dans Mylène 1995 - 1996« L’instant X » fait partie des chansons atypiques de Mylène Farmer. On lui découvre une facette méconnue et surprenante, comme si nous elle disait : vous voyez, je ne suis jamais enfermé dans un genre, je fais les chansons que je veux quand je veux. Rares aujourd’hui sont les artistes qui résonnent ainsi. Ces chansons atypiques sont peut-être inférieures à celles plus proches du style mylénien, mais elles ne sont pas dépourvues de beauté. En l’occurrence, « l’instant X » est une réussite pas toujours appréciée à sa juste valeur, défavorisée sans doute par un clip qui fait regretter l’époque Boutonnat et qui doit être interprété à la lueur du texte.

Une assez longue entrée en matière campe un décor de langueur et de répétition. Une musique terne, plutôt plate comme une autoroute, bas de gamme, expression exacte du quotidien d’une citoyenne. Cette impression est confirmée par le texte. C’est « lundi », la narratrice à l’accent gouailleur commence sa semaine, la xième de sa vie. C’est un matin de plus dans sa vie. Va suivre une succession de plaintes, qui ne seront comprises que lorsqu’on aura compris quel personnage Mylène joue ici.

Mylène invoque sa « comète », comme d’autres invoquent leur bonne étoile. Son étoile à elle est filante… Le sexe n’est pas totalement absent de ce début ou, au moins, l’idée inconsciente est introduite. Quand on connaît le clip, le mot « englue » paraît beaucoup moins innocent. Quant à la comète, sa forme peut évoquer, avec sa tête blanche et sa queue, plus qu’une étoile filante…On commence à mettre le doigt sur ce que Mylène essaie de caricaturer dans cette chanson. C’est la femme actuelle, occidentale moyenne, libérée, féministe, branchée qui raconte son monde, majoritairement constitué de ses petits problèmes et de ses frustrations. Deux lectures sont alors possibles, et elles peuvent se compléter puisque ce sont deux caricatures, plus ou moins hard, du même type de femme. La principale préoccupation de la femme actuelle est…ses menstruations. D’où le « bloody lundi » ou « la loi des séries ». « Le styx », fleuve mythologique des Enfers, peut être vu comme le fleuve sanglant qui coule d’elle-même et qui est une sorte de mythe pour toutes les jeunes filles. L’équation, c’est la somme des savants calculs qu’elles font pour se régler, et régler leur vie sexuelle.

Et le fun passe par l’instant X. Mylène ne semble guère y croire. Même, l’instant X semble bizarrement absent, irréel. C’est normal. Ce n’est rien de plus qu’un désir. Les mots « messie » et « magique » renvoient à des notions de surnaturel, de quelque chose qu’on ne voit jamais. C’est vraiment la chose qui mettrait du piment dans sa vie sans relief. Mais, comme le messie, il ne vient jamais. Mylène reste là, à l’attendre, prenant la pose, ne pouvant que constater « l’hécatombe » qui se déchaîne autour d’elle. En fait, elle attend désespérément le moment où elle jouira vraiment, où l’amour charnel se conjuguera à l’amour spirituel, qui la rendra vraiment heureuse. C’est un peu le personnage du clip de « California ».

Quant aux « ailes », elles représentent l’espoir de pouvoir un jour s’envoler…vers le septième ciel ? Surtout l’espoir de décoller de cette vie terre-à-terre. La deuxième partie du refrain reprend la phrase « l’an 2000 sera spirituel ou ne le sera pas », célébrissime et largement médiatisée, jusque dans « Elle », le point zéro de l’information ! Et qu’en dit la Mylène de la chanson ? « Du fun » ! C’est vraiment la femme coincée dans sa société, consommant tout de la même façon, dénuée justement de spiritualité.

C’est, en fait, une femme complètement désespérée, une « pretty woman » qui n’a pas trouvé son Richard Gere. « Un rien devient l’Everest » : la nouvelle sensibilité qui fait pousser des gémissements de douleur quand on se casse un ongle de pied, mais qui laisse froidement indifférente quand son chat se jette par la fenêtre. L’ironie devient fatale à la fin du couplet, quand l’instant X tourne à l’hécatombe, au carnage, parce que les ébats passionnés font craquer son vernis. Humour de disproportion et d’allusion corrosif. L’instant X est mortel (« pied dans la tombe »), Mylène en ressort à moitié « asphyxiée », mais elle le dit sans la moindre passion. On en vient presque à préférer la période de « Beyond my control », quand l’amour et la mort se mêlaient tragiquement. Au moins, c’était beau. Dans « l’instant X », même ce qui est mortel devient banal.

Alors que Mylène essaie de voir la vie autrement en quittant ses neiges originelles pour les plages californiennes, elle découvre le revers de cette société aux vitrines attirantes, les travers de la femme « fashion », au ridicule douloureux.

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